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Longtemps perçu comme une terre d’accueil ouverte, à l’image des grandes villes suisses comme Zurich ou Genève aujourd’hui, le Québec opère un virage radical en matière d’immigration. Après des années de croissance économique et de besoin en main-d’œuvre, la Belle Province, dont la population avoisine les 9 millions d’habitants – un chiffre comparable à la Suisse –, a décidé de limiter le nombre de nouveaux résidents permanents à 45’000 par an entre 2026 et 2029. Ce changement de cap, longtemps impensable, interpelle la Confédération, confrontée à des défis similaires.
Ce revirement politique n’est pas anodin et s’explique par plusieurs facteurs. Le gouvernement québécois a dû faire face à une explosion du chômage parmi les travailleurs temporaires et à une croissance démographique fulgurante, avec 280’000 habitants supplémentaires rien qu’en 2023. Surtout, une part croissante de la population a commencé à associer cette immigration rapide à une dégradation concrète de son quotidien. La pénurie de logements est devenue criante, le taux d’appartements disponibles s’étant effondré à 1,3% en 2023. L’économiste Pierre Fortin évoque même des «conséquences économiques et sociales catastrophiques» d’une expansion migratoire trop rapide, des propos qui trouvent un écho douloureux dans la quête d’un logement à Genève ou à Zurich.
Au-delà des considérations économiques et matérielles, la question de l’identité nationale est également devenue centrale. Si le chroniqueur Mathieu Bock-Côté formule crûment l’idée qu’un changement de population entraîne un changement de peuple et d’identité, cette préoccupation est partagée par une majorité de Québécois. Un sondage de 2024 révèle que 60% des répondants jugent la pression migratoire trop forte. Ce débat dépasse les frontières québécoises, touchant de nombreuses démocraties occidentales où, au-delà d’un certain rythme de transformation démographique, la discussion ne porte plus uniquement sur l’économie ou le logement, mais sur le sentiment d’appartenance.
Ce durcissement de la politique migratoire ne va pas sans conséquences. Des signes de ralentissement économique commencent à apparaître à Québec-ville, avec des affichettes de recrutement et des fermetures de restaurants confrontés à l’inflation et à la pénurie de personnel. Les milieux économiques québécois, à l’image du Conseil du patronat du Québec, se montrent particulièrement critiques, qualifiant cette nouvelle orientation de «très mauvaise nouvelle» pour l’avenir économique de la province. Le miroir que tend le Québec à la Suisse est donc complexe, mêlant défis sociaux, économiques et identitaires, et offrant une perspective potentiellement prémonitoire sur les enjeux à venir.
Écrit par: me@sebastiendebollivier.com
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